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Il était un peu plus de 2 heures du matin, lundi 3 septembre, quand les pompiers sont parvenus à neutraliser l’incendie. Après avoir été dévoré par les flammes pendant plus de six heures, le Musée ­national de Rio de Janeiro, au bord de l’effondrement, était déjà en cendres« 200 ans d’Histoire détruits », ­titrait lundi en « une » le quotidien O Globo. « Une tragédie annoncée », complétait ­l’Estado de Sao Paulo.

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Après s’être rendu sur les lieux, où il fut hué, le ministre de la ­culture, Sergio Sa Leitao, a annoncé le déblocage immédiat de 10 millions de reais (2 millions d’euros), tout en appelant à l’aide internationale. Lundi soir, le ­Portugal proposait sa collaboration pour la reconstruction de ce joyau du patrimoine lusophone et le chef d’Etat français, Emmanuel Macron, offrait « ses experts au service du peuple ­brésilien ».

Plus vieille institution académique du Brésil, référence en Amérique latine, le musée de Rio, créé en 1818 par l’empereur Dom Joao VI, était abrité depuis 1892 dans le palais de Sao Cristovao, résidence de la famille impériale portugaise, dans la zone nord de Rio. C’est dans cet édifice que fut signée l’indépendance (en 1822), là où naquit la princesse Isabelle (en 1846), là, aussi, où furent reçus après l’ouverture du musée au public, en 1900, Albert Einstein, Marie Curie ou Alberto Santos-Dumont, le pionnier de l’aviation brésilienne.

Une « tragédie incommensurable »

Le musée conservait des pièces de collection d’une valeur inestimable. Parmi elles, le squelette de Luzia, plus vieil Homo sapiens d’Amérique du Sud, daté de plus de 11 000 ans, des momies égyptiennes ou des squelettes de dinosaures… A en croire les premières estimations, seules 10 % des œuvres auraient été préservées, dont la météorite de Bendego.
« Aujourd’hui est un jour tragique. (…) Deux cents ans de travail, de recherches, de connaissances ont été perdus », a réagi le président du pays, Michel Temer. Une « tragédie incommensurable » a ajouté son ministre de la culture, Sergio Sa Leitao.
L’incendie, qui n’a fait aucune victime, a démarré aux alentours de 19 h 30 dimanche soir. Les portes du musée étaient closes et seuls quelques vigiles étaient sur les lieux. L’origine du drame reste inconnue. Mais à en croire M. ­Sa Leitao, une montgolfière ou un court-circuit serait en cause. « Il semble que le feu ait pris par le haut », a-t-il expliqué au quotidien O Estado de Sao Paulo.
LE MUSÉE N’AVAIT NI PORTES COUPE-FEU, NI EXTINCTEUR ET LES DÉTECTEURS DE FUMÉE NE MARCHAIENT PAS
Arrivée sur le lieu au cours de la nuit, la vice-directrice de l’établissement, Cristiana Serejo, serait tombée à terre d’émotion. Interrogée par les médias brésiliens, elle a expliqué que la mise à jour du programme. Le musée n’avait ni portes coupe-feu, ni extincteur et les détecteurs de fumée ne ­marchaient pas. Et faute d’eau suffisante dans les réservoirs alentours, les pompiers ont dû faire venir des camions-citernes.
e anti-incendie était prévue mais n’avait pas encore été finalisée. Les PPCI, plans de protection et de prévention des incendies, sont obligatoires dans les monuments publics. Mais faute de ressources, leur optimisation laisse souvent à
« Cet accident ne doit rien au ­hasard !, enrage Olivia Pedro, ­anthropologue à l’université ­fédérale de Rio, établissement en charge du musée et financé par l’Etat. Depuis des années, il y a une guerre contre le monde acadé­mique. On doit se battre pour notre survie. » Victimes de la crise et peu valorisées par les pouvoirs publics, la culture et les sciences ont fait l’objet de sévères coupes budgétaires ces dernières années. Et les sommes allouées par ­Brasilia au musée ont été divisées par deux entre 2013 et 2017, ­rapporte le quotidien Folha de Sao Paulo.
GAUDENCIO ­FIDELIS, CURATEUR : « CETTE TRAGÉDIE EST LE FRUIT D’UNE NÉGLIGENCE ABSOLUE EN MARCHE DEPUIS DES ANNÉES »
« Cette tragédie est le fruit d’une négligence absolue en marche depuis des années. Il n’y a aucune ­excuse », souffle Gaudencio ­Fidelis. Curateur de renom au Brésil, l’homme a eu la charge du Musée des arts de Rio Grande do Sul entre 2011 et 2014. « Quand j’ai pris mes fonctions, rien n’était au point. J’ai entamé la mise à jour du plan incendie, cela a pris deux ans pendant lesquels je ne dormais pas de la nuit ! », raconte-t-il.
Devenu l’illustration d’un pays en ruine, méprisant sa propre ­culture et son passé, le musée de Rio était depuis plusieurs années déjà laissé à l’abandon. Les ­employés racontent les fils électriques à nu, les plafonds qui ­suintaient… En mai, à un mois de son bicentenaire, événement où aucun cacique de Brasilia n’a assisté, le directeur de l’établissement, Alexander Kellner, expliquait déjà au quotidien Folha de S. Paulo n’être en mesure d’ouvrir que dix salles d’exposition sur trente. La pièce renfermant le squelette de la baleine à bosse et le dinosaure Maxakalisaurus, rongée par les termites, était notamment inaccessible au public.

« La plupart des autres musées du Brésil sont eux aussi dans un état de délabrement avancé », signale le curateur Gaudencio ­Fidelis. La multiplication des incendies, de centres historiques ou patrimoniaux, tels l’Institut ­Butantan en 2010 ou le Musée de la langue portugaise en 2015, ­témoigne de cette négligence coupable.

Œuvres à jamais perdues

« Les gouvernements changent mais rien ne bouge. La culture est toujours le parent pauvre de l’Etat et nous assistons à ce naufrage sans réagir. Comme si la mémoire n’avait pas d’importance ici », commente Emilio Kalil, organisateur de la Semaine des arts à Sao Paulo et ex-directeur de théâtres nationaux.
La tragédie du musée de Rio réveillera-t-elle les consciences ? En pleine campagne électorale, le ­sujet de la préservation des musées ne figurerait que sur deux des treize programmes analysés par l’agence de fact-checking Lupa. Seuls Rede, le parti écologiste de Marina Silva, et le Parti des travailleurs (PT, gauche), dont la campagne présidentielle est menée par Fernando Haddad – le remplaçant présumé de Luiz ­Inacio Lula da Silva, emprisonné et jugé inéligible –, en faisaient mention. « Ce mépris envers le patrimoine historique est lamentable », insistait sur Twitter M. ­Haddad.
Le gouvernement se mobilise désormais pour la reconstruction du musée dans les plus brefs ­délais. Mais les œuvres sont à ­jamais perdues, soulignent les chercheurs.

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